Un rapport accablant… et pourtant.
Et pourtant l’indifférence générale laisse pantois.
Faut-il s’en étonner ? Sans doute l’approche de la Coupe du monde de football…
Il s’agit néanmoins d’un rapport public thématique de la Cour des comptes, intitulé « L’Éducation nationale face à l’objectif de la réussite de tous les élèves » dont la substance traite, vous l’aurez deviné, de l’une des fiertés de nôôôtre soi-disant belle République à la non moins soi-disant belle devise nationale. Matériellement parlant, cette fierté constitue au passage le premier poste budgétaire français.
Car, près d’un mois après sa présentation publique, force est de reconnaître que TOUT le monde se fout de ce rapport et de la réalité de ses conclusions. Pensez-donc ! puisqu’il tape sur le système et ses tenants, de tous bords confondus. En effet, si l’on y apprend qualitativement rien de bien nouveau, ses conclusions, quantitatives — et c’est là une des vertus de l’institution, d’être quantitative — sont accablantes et sans appel pour l’égo national : notre Éducation nationale aggrave honteusement les inégalités, quoi qu’en dise notre chère devise. Une injustice de plus donc… dans un système qui est de toute façon intrinsèquement inégalitaire. Ou inéquitable, au choix.
Entre des politiques démagogues, médiocrement comptables et lâches ainsi que médiatiquement indifférents, d’une part, et une Éducation nationale, monolithique et archaïque, d’autre part, l’on se dit avec mélancolie : heureusement l’été approche enfin !
Car s’il y a bien en effet quelque chose dont on apprécie qu’elle ne change pas, elle, c’est la chevauchée sidérale de notre radieuse étoile, le Soleil.
Ci-dessous, une petite revue de liens à propos de cette publication passée inaperçue.
12 mai 2010 - Un système scolaire « trop uniforme » selon la Cour des comptes, par Louise Fessard, in Médiapart
“Le constat d’échec se base sur les résultats des enquêtes internationales Pisa, qui évaluent tous les trois ans les connaissances et les compétences des jeunes de 15 ans de 30 pays de l’OCDE : parmi ses homologues, le système scolaire français se singularise par un écart particulièrement élevé entre ses meilleurs élèves et ses plus faibles. « Les comparaisons internationales de l’OCDE entre élèves de quinze ans ne révèlent pas un problème global du système éducatif français, mais un problème aigu, spécifique, et croissant de traitement de la difficulté scolaire », précise le rapport. D’autant plus révoltant, que la France est, comme l’écrivaient en 2009 les sociologues Baudelot et Establet, le « paradis de la prédestination sociale », c’est-à-dire un des pays où les destins scolaires sont le plus fortement corrélés aux origines sociales et au statut culturel des familles.”
12 mai 2010 - La Cour des comptes dénonce le système scolaire français, par Marc Dupuis, in Le Monde
“Contrairement à ce que pensent nombre de Français de leur école – et malgré un budget qui est le premier de l’Etat –, la politique de l’éducation nationale aggrave les inégalités et produit trop souvent de l’échec. Un constat dû en grande partie au fait que le système impose et empile d’en haut ses directives et ses réformes sans tenir compte des besoins de l’élève ni vérifier leur efficacité sur le terrain.
Un échec aussi à aller chercher dans le fait que “l’école secondaire est encore gérée sur la base de décrets datant de 1950, quand on avait 5 % de bacheliers !” Pour inverser la tendance et renouer avec la “réussite de tous les élèves”, le rapport préconise de placer enfin réellement l’élève “au cœur du système”, notamment en tenant compte de ses manques et de ses besoins.”
12 mai 2010 - Education nationale : la cour des pcomptes dresse un sévère rapport, par Sophie de Tarlé, sur EducPros.fr
“Un bonnet d’âne en matière d’éducation pour la France ? Notre système scolaire uniforme est inefficace et coûteux, et aggrave les inégalités. En effet, la France consacre 3,9 % de son PIB à l’école (dans la moyenne des pays de l’OCDE), mais avec des résultats qui se dégradent d’année en année. A la fin de la scolarité obligatoire, 21% des élèves ont du mal à lire et 72 % des élèves de fin de primaire ne maîtrisent pas les acquis attendus en mathématiques.
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Il faut ainsi commencer par recenser les besoins des élèves et affecter les moyens aux établissements en fonction de leurs besoins. C’est ce que recommande la cour qui souhaiterait en particulier une adaptation du travail des enseignants, qui ne tient pas compte des besoins des élèves.
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Autre recommandation : supprimer le redoublement dont l’inefficacité est avérée et qui se révèle coûteuse (évaluée à 2 milliards d’euros). La cour a également préconisé une plus grande autonomie des établissements, tant pour le choix des enseignants que pour les heures de cours, et de soutien, que pour la répartition des moyens.
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La cour souhaiterait également que le coût des mesures éducatives soit chiffré en euros et non en postes, ou en heures, pour une évaluation plus efficace. « Ainsi on verrait peut être qu’un établissement en zone d’éducation prioritaire coûte moins cher à l’Etat qu’un établissement de centre ville, car les professeurs étant quasiment tous des débutants, ils sont moins bien payés», a-t-il souligné. Et de regretter que ce chiffrage ne soit pas une priorité du ministère de l’Education nationale. Enfin, la cour recommande que les moyens ne soient plus dilués sur tout le territoire, mais concentrés massivement sur les établissements les plus confrontés à l’échec scolaire, d’y favoriser des équipes stables, en y affectant les professeurs les plus expérimentés.”
13 mai 2010 - Le rapport accablant de la Cour des comptes pour le système scolaire français, par Catherine Fournie, in 20minutes.fr
“[...] acteurs et experts constatent que la France a une «spécificité, au sein des pays développés», à savoir «une très forte inégalité dans les résultats des élèves». Et ce malgré un budget très important consacré à l’Education nationale - près de 53 milliards d’euros en 2010.
En cause, selon les résultats de l’enquête de la Cour des comptes, un modèle d’organisation beaucoup trop archaïque, «adapté à une période où seule une minorité d’une classe d’âge - 20% en 1970 - suivait tout le parcours de l’enseignement scolaire et obtenait le baccalauréat». Il tend, du coup, à privilégier les élèves sans difficultés particulières.
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Le rapport décrit ainsi une administration centralisée, qui fonctionne toujours selon la loi de l’offre et non de la demande, et propose d’en haut des réformes indifférenciées sur tout le territoire. Exemple: la récente mise en place de deux heures de soutien individualisé hebdomadaire dans tous les établissements, qu’ils soient prestigieux ou confrontés à de graves difficultés.
La Cour des comptes préconise ainsi d’adapter davantage les politiques éducatives et les moyens qui leur sont alloués à la réalité socio-culturelle des établissements, replaçant ainsi les enseignants et les élèves au coeur du dispositif. Le trop grand nombre de redoublements, auxquels le ministère consacrer environ deux fois plus de moyens qu’à l’éducation prioritaire, est aussi dénoncé.”
Enfin, last but not least, la dépêche AFP, reprise en chœur par tous les médias de France et de Navarre… On y notera rapportée la volonté des uns de ne pas brusquer le mammouth et des autres de minimiser en clamant leur abnégation récente ou de laisser poindre le corporatisme habituel en dénonçant l’exagération.
12 mai 2010 - La Cour des comptes dénonce un système scolaire français trop uniforme, dépêche AFP, reprise sur France24.com
“« La France est le pays où les différences scolaire se sont le plus accrues entre 2000 et 2006, où l’impact de l’origine sociale sur la réussite scolaire est le plus important” et c’est en définitive “le pays occidental le plus éloigné de l’égalité des chances »
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Pour la Cour, la solution n’est pas dans la hausse des moyens - qui sont dans la moyenne de l’OCDE sauf pour le primaire - mais dans l’organisation du système lui-même: trop uniforme, il doit être repensé pour s’adapter à l’hétérogénéité des élèves et accompagner davantage les plus faibles.
La Cour préconise donc de “différencier fortement les moyens d’enseignement en fonction des établissements” après avoir “recensé les besoins d’accompagnement individualisé des élèves” et de donner aux équipes éducatives de chaque établissement la responsabilité de répartir leurs moyens.
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Enfin, les rythmes scolaires doivent être revus ainsi que les procédures d’affectation et le service des enseignants, même si ceux-ci “ne sont pas en cause” et que “le système n’évoluera qu’avec eux” [...]
Saluant une “contribution importante au débat”, le ministère de l’Education nationale a cependant jugé que ce rapport faisait “trop peu de cas” des réformes engagées depuis 2005 et dont les effets ne sont pas encore connus.
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La fédération syndicale Unsa Education a vu un rapport “trop souvent négatif et parfois excessif ou contestable (notamment sur la question des moyens)”, mais salué l’accent mis sur l’accompagnement.”




