Les droits de l’Homme ? On s’en fout ! Enfin presque…

Je reçois il y a peu dans ma boîte à lettres électroniques une invitation à m’inscrire au 4e Forum mondial des droits de l’Homme, “patronné” comme il se doit par l’Unesco, et qui se tiendra bientôt à Nantes. Autant le dire franchement : je m’en fous ! enfin presque. Disons plutôt sous cette forme-là… où tous les acteurs — politiques, associatifs, universitaires, etc. — sont mélangés, en une forme de énième bal des faux-culs.

Non seulement mes réflexions  actuelles sont toutes tournées, tant intellectuellement que temporellement, vers d’autres préoccupations que la destinée des mal-lotis du monde mais, de plus, je réagis avec une certaine misanthropie à l’égard de la sempiternelle lubie de Sauveur du Monde que le gauchiste (et pas que lui d’ailleurs, mais comme on est jamais plus critique qu’envers les siens…) aime manifester régulièrement.

Comprenons-nous bien : je ne veux pas signifier une absence de compassion ou de tristesse envers la majorité de mes cohabitants Terriens, subissant quotidiennement les violations de leurs droits fondamentaux. Soyons juste sérieux deux minutes : si l’on en est là cela n’est que par la faute d’une hypocrisie puissante du pouvoir mondial secondée par une schizophrénie collective puérile. Alors qu’on ne me demande pas à moi d’aider à quoi que ce soit. D’abord, la solution passera par la capacité des peuples violés à s’en sortir par eux-mêmes, ensuite, l’attitude du donneur de leçon dérange en la matière.

J’adopte en cela le point de vue d’un militant politique célèbre pour lequel les adeptes de la défense des droits de l’Homme pratiquent allègrement, dans le domaine de l’activisme citoyen, ce que la psychanalyse désigne par le concept de transfert. Car c’est bien aux pouvoirs politiques, à quelque niveau qu’il soit, qu’incombent la défense des droits de l’Homme, la résorption des inégalités mondiales, la dénonciation et la lutte contre les régimes politiques inhumains. Ces responsabilités sont, en démocratie, du ressort de ceux que nous, simples citoyens, élisons. En cela, c’est sur les pouvoirs politiques (et médiatiques) que les associations et autres organisations civiles et citoyennes doivent faire pression, à la manière de puissants lobbies. De sorte qu’ils agissent et rendent compte ensuite par exemple. Je rêve ?

Je parlerai droits de l’Homme et faim dans le monde à Jean Ziegler la prochaine fois que je le croiserai, c’est à dire vraisemblablement jamais… Lui qui n’hésite pas à dénoncer, sans détour, la plus terrible hypocrisie humaine, déclarant :

” Ce massacre quotidien par la faim n’obéit à aucune fatalité. Derrière chaque victime, il y a un assassin. L’actuel ordre du monde n’est pas seulement meurtrier. Il est aussi absurde. Le massacre a bien lieu dans une normalité glacée. “

Ne soyons donc pas naïfs, car si rien ne bouge, ou si peu, c’est bien en raison d’une lâcheté partagée entre ceux qui détiennent le pouvoir… et les autres. Sachant notamment que nombre de violations du droit international et par là même des droits de l’homme — lesquels ne sont d’ailleurs pas protégés par une quelconque institution judiciaire — le sont du fait d’états eux-mêmes. Cherchez l’erreur… En quelque sorte, il convient d’abord de nous résoudre à constater, en occident, l’époque dans laquelle nous vivons : celle du règne des cupides, comme les qualifiait déjà si justement René Char, à l’aube de la conclusion de la Seconde guerre mondiale.

Des espoirs subsistent encore, comme en Amérique du Sud, où l’incarnation élue d’un volontarisme réel montre qu’une lutte politique efficace contre l’injustice sociale et le cortège de ses inégalités est encore possible. Bref, les gesticulations occidentales en direction du respect des droits de l’Homme ne sont à nos yeux ni plus ni moins que, au mieux, un transfert d’action à bon compte, au pire, une illusion coupable. Dans tous les cas, nos dominants regardent ces “actions” avec la plus grande bienveillance. Au moins ne sont-ils en effet pas dérangés ! Encore une fois, ne nous berçons donc pas d’illusions. Nos actes en la matière, si l’idée est celle d’un changement effectif, ne doivent et ne peuvent qu’être dirigés contre les pouvoirs politique et médiatique. L’étude récente de Emilie M. Hafner‐Burton et Kiyoteru Tsutsui semble d’ailleurs aller dans le sens d’une société civile responsable, qui serait la plus à même d’infléchir les actions politiques dans le sens d’un respect réel des droits de l’Homme, par opposition à l’inefficacité de la fameuse “Communauté internationale” :

“There is no systematic evidence to suggest that ratification of human rights treaties in the UN system itself improves human rights practices, but the growing legitimacy of human rights ideas in international society, which the legal regime helped establish, provides much leverage for nongovernmental actors to pressure rights-violating governments to change their behavior.”

Une approche alternative, comme le suggère Paul Farmer par exemple en ce qui concerne les droits de l’Homme et l’accès à la santé, serait le dépassement pur et simple des autorités étatiques par les institutions universitaires. L’on peut toutefois en douter à l’heure d’une structuration globale concurrentielle des outils pourtant stratégiques que sont l’enseignement supérieur et la recherche et tant que l’inévitable question du financement des actions et leur indépendance n’est pas posée.

Voilà pour un rapide tour d’horizon, toujours ouvert, de mes questionnements sur les droits de l’Homme. J’aurais pu utiliser des gros mots, comme ploutocratie, oligarchie ou imagologie, mais restons-en là. M’est avis que l’impérialisme humanitaire, ou l’utilisation des droits de l’Homme pour vendre la guerre, a encore de beaux jours devant lui…

Je suis pas commode en ce moment. Et alors ? Je m’en fous !

Tiens, tant qu’on y est, ajoutons l’exception qui confirme la règle. Puisque l’on est plus à une contradiction près quand on est pragmatique, je vous livre une petite annonce de dernière minute

2 valeureux commentaires

  1. dolecolo on May 23rd, 2010
    ”

    Sans oublier que les droits de l’homme ne peuvent être valables que s’il reste des hommes. Ce qui veut dire qu’ils sont eux même soumis (les hommes et les droits de l’homme) au droit (à l’obligation) de garder une planète en bonne santé.

  2. jon on May 24th, 2010
    ”

    dolecolo, j’aurais effectivement pu soulever la question de la soumission volontaire, au delà de l’exigence écologique. Quoi qu’il en soit, il n’y a encore une fois aucune obligation, seulement une louable intention.

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