Jusqu’ici tout va bien…

 

Flûte alors ! Voilà donc que le CNRS se voit décerner une honorable première place d’un classement mondial des organisations scientifiques de recherche, suivant les critères établis par SCImago Journal & Country Rank, organisme peu susceptible de favoritisme ou biais, notamment de par son utilisation de la base Scopus d’Elsevier. (Document disponible ici en format .pdf.)

On remarquera même que la plupart des autres organismes français (Inserm,  CEA, INRA…) se classent non seulement bien mais aussi, ironie du classement, loin devant le premier organisme privé, à savoir IBM, qui obtient une piteuse 381e place. On peut donc raisonnablement se demander si la recherche privée, présentée comme un modèle de fonctionnement ainsi que l’alpha et l’omega des pseudo-réformes qui ont mis la profession dans la rue au printemps n’est pas qu’un mythe au service d’une propagande. Cela traduit surtout combien la recherche privée pourrait se retrouver fort dépourvue dès lors qu’elle ne serait plus adossée à une recherche publique libre, indépendante et créative, car dégagée des pressions exercées par des intérêts purement économiques.

L’on se rend ainsi mieux compte de l’inconséquence du locataire de l’Élysée en la matière et de son indigne stratégie de communication basée sur la stigmatisation et le mensonge.

Bref, je vous invite donc, pour vous en convaincre à aller faire un peu plus souvent un tour sur le site des collègues de Sauvons la recherche, et en particulier lire l’analyse qui y est faite de ce classement. On y lira ceci :

 

“Ce classement regroupe donc, de façon désordonnée, des organismes de recherche comme le CNRS, des universités, de gros laboratoires et des instituts privés. A ce jeu là, le CNRS se classe à la première place mondiale, l’INSERM est 10eme, le CEA 54eme et l’université Pierre et Marie Curie 76eme, devant beaucoup d’universités américaines très prestigieuses. [...]“

“Pourquoi donc tant de différences qualitatives avec Shanghaï ? Tout d’abord le classement de Shanghaï ne prend en compte que les établissements d’enseignement supérieur, donc le CNRS, l’INSERM et le CEA n’en font pas partie. [...]“

“Le classement de Scimago est beaucoup plus neutre et universel puisqu’il s’appuie uniquement sur le nombre de publications dans un très vaste catalogue de revues internationales, sur une période de temps donnée. Toutefois subsiste un effet pervers important, également présent dans le classement de Shanghaï et qui est la cause des grandes manœuvres actuelles autour des PRES : les indices utilisés ne sont pas pondérés par la taille de l’établissement. Autrement dit la fusion de deux universités les fait mécaniquement monter dans le classement. Cette constatation élémentaire n’a pas échappé à ceux qui nous gouvernent l’oeil rivé sur la ligne bleue des statistiques. [...] “

“Les statistiques proposées par Scimago ne s’arrêtent pas là. Il est aussi possible sur le site http://www.scimagojr.com/ d’extraire un grand nombre d’informations très intéressantes. Sur la période 1996-2007, on peut afficher les classements des différentes nations du point de vue de leur production scientifique. Il est à noter que, pour l’ensemble des disciplines, ce classement est particulièrement stable sur la période considérée concernant les 10 premiers. Seule la Chine, qui passe sans surprise de la 9eme place en 1996 à la 2eme en 2007, montre une évolution notable.

En 2007, la France se classe 6eme au nombre de publications et 4eme au nombre de citations et à l’indice H (h-number) : elle a moins de publications que la Chine et le Japon mais elles sont plus citées, signe que la course à la publication a moins touché notre pays que d’autres, rentrés plus tôt dans des logiques managériales de gestion de la recherche. Agrégées sur la période 1996-2007, ces données mènent quasiment au même classement (6eme au nombre de publications, 5eme au nombre de citations et 4eme au h-number). Fait remarquable, si l’on raffine la sélection discipline par discipline, on observe que nous nous classons toujours entre la 6eme et la 4eme place pour tous les critères et toutes les disciplines, à l’exception des mathématiques qui font mieux et de l’économie/finance qui fait moins bien…

Il serait intéressant de pondérer ces résultats par les budgets investis par les différents pays dans la recherche. La France, avec la 18eme place 7 pour l’effort recherche, y gagnerait sans doute la palme du nombre de citations par euro investi. “

 

Évidemment, comme tous les classements, des critiques demeurent et elles ne sont d’ailleurs pas omises dans l’analyse ci-dessus. Sur le principe, cependant, ce classement s’avère être plus juste et équilibré que le fameux classement de l’université de Shanghai, à ne pas confondre avec le classement du pékin.

Le CNRS n’est pas encore l’arme utilitariste de guerre économique tant rêvée par les néoconservateurs qui nous gouvernent, Sarkozy le premier, secondé par sa séide V. Pécresse — avec course aux brevets et tout le bric-à-brac concurrentiel et protectionniste du monde soi-disant globalisé qui nous entoure. Le CNRS n’est toutefois pas non plus l’inefficace organisme stratégique de recherche dont la France s’est pourtant doté il y a 70 ans, ce que les manipulateurs communicant qui nous gouvernent voudraient faire croire.

Finalement, pour reprendre le Canard enchaîné, nous voilà Champion du monde 2009 ! Et au football, c’était quand déjà ?

À bon entendeur, je retourne m’enfermer dans mon laboratoire…


2 valeureux commentaires

  1. [...] loin, vraiment loin d’être suffisant pour susciter l’envie de voter pour lui.P-S. À lire sur Le Pavé, un hommage mérité rendu au CNRS et à Recherche publique… À redécouvrir, si nécessaire, le [...]

  2. mag on February 8th, 2010
    ”

    allo je suis tres daccord avec tout ce pavé merci

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