Hadopi ou le fascisme moderne

Non ! après une relativement longue période de silence, le pavé ne vous parlera ni de la pantalonnade de la désignation récente des candidats socialistes aux prochaines élections européennes, ni encore de la 7e semaine d’un mouvement universitaire de lutte nécessaire et toujours dynamique contre une désormais indubitable stratégie d’asphyxie coupable de nos dirigeants, ni même de la folle et anachronique offensive en cours contre le monde du travail, préconisant l’accélération de la libéralisation jusqu’à la baisse des salaires !
Non, nous souhaitons plutôt attirer votre attention sur un sujet qui — c’est rare — place actuellement la France sur le devant de la scène internationale. Malheureusement pas pour la promotion d’un quelconque progressisme de circonstance, mais pour dénoncer les menaces totalitaires que le mal-nommé projet de loi “Hadopi”, en ce moment en “discussion” à l’Assemblée nationale, fait peser sur l’Internet.
Car c’est bien à une nouvelle forme de fascisme à laquelle nos concitoyens sont de nouveau confrontés, avec ce gouvernement réactionnaire qui n’en finit plus de montrer son appétence à défendre les intérêts de castes de ceux qui minent, il faut bien le dire, les libertés individuelles, l’économie numérique, et in fine la démocratie. Quelle ironie quand on sait que ledit projet de loi s’appelle aussi “Création et Internet”. Une nouvelle preuve de l’imposture gouvernementale.

Ainsi, la consultation de Wikipedia à l’occurrence “fascisme” nous éclaire sur la motivation profonde de ce projet liberticide.
“Au sens large, le terme fascisme a pris un sens générique. Il s’est étendu à tout mouvement politique s’appuyant sur un pouvoir fort, les métiers organisés en corporations, l’exaltation du sentiment nationaliste, le rejet de l’opposition et des institutions démocratiques et libérales et un contrôle politique extensif de la société civile. […]
En son sens large, le fascisme se définit comme une réaction aux valeurs de l’humanisme démocratique du Siècle des Lumières […] Issu des frustrations engendrées par ce nouveau modèle de société, le fascisme rejette les droits de l’homme, le communisme, l’anarchisme, les libertés individuelles et le libéralisme.”
On ira donc pour s’en convaincre consulter quelques lectures éclairantes sur le sujet.
D’abord, le dernier article de Jean-Baptiste Soufron, publié chez Esprit (numéro spécial Homo Numericus de mars/avril). Cet article s’attache à présenter l’aspect juridique qui est à l’origine de la formidable réussite créative, économique et sociale du modèle Libre (open source, standards ouverts, etc.) et que nous devons, nous socialistes, défendre aujourd’hui.
On y découvre la genèse et la réussite du modèle par divers exemples, tout en entrevoyant son formidable potentiel. L’on comprend aussi en quoi les défenseurs d’Hadopi sont archaïques, voire rétrogrades, quand ils prétendent défendre le droit d’auteur. On peut en effet lire, sous la plume de Soufron, les constats suivant :
“Le libre ne se construit pas comme une opposition au droit de propriété. Au contraire, il en constitue même une forme de parachèvement dans l’utilisation très avancée qu’il fait du droit de la propriété intellectuelle et des licences de droit d’auteur.”
ou encore
“Le libre a donc vocation à transformer des biens individuels en biens communs via la mise en place de structures de gouvernance qui prennent la forme d’un enchaînement de licences de droit d’auteur.
Ces structures de gouvernance sont des enjeux fondamentaux pour le développement de l’économie numérique dans les années qui viennent. Leur forme et leur taille peuvent être très diverses. [...]
Dans toutes les hypothèses, le modèle du libre prend de plus en plus d’ampleur. Il est l’outil idéal de la création collaborative dans l’environnement numérique. On peut donc s’attendre à ce que l’intérêt des grands groupes ne fasse que s’accentuer. À cet égard, il est par exemple remarquable que l’une des premières décisions de Barack Obama ait été de confier une mission sur le logiciel libre à Scott McNealy, le président fondateur de Sun.
Il devient donc urgent de mieux prendre ce modèle en compte, dans le cadre de la politique de l’innovation bien sûr, mais aussi en termes de politique de concurrence, de compétitivité internationale et de diversité culturelle.”
Cependant, au-delà des menaces contre l’économie numérique, et l’économie en générale, que porte en lui ce projet, Attali et Plenel vont plus loin puisqu’ils dénoncent avec justesse les atteintes intolérables aux libertés individuelles d’un projet visant à protéger purement et simplement les “rentes de situation” des acteurs du domaine culturel établi. Jérôme Nicolle, du collectif FRnOG, nous gratifie même, sous forme d’une incontournable lettre ouverte à la ministre de la Culture (et aux députés), d’une analyse objective et professionnelle des enjeux et dérives du projet, dont l’emblématique riposte graduée. À lire d’urgence. Car
“De fait, considérer les serveurs d’une part et les clients d’une autre va à l’encontre du mode de fonctionnement naturel du réseau. Imposer un tel mode de fonctionnement reviendrait à reproduire un modèle de réseau centré, ce qui est impossible et non souhaitable dès lors qu’on défends les valeurs de libre échange, d’innovation, de liberté des communications et toutes les libertés individuelles des utilisateurs.”
Nous espérons qu’après ces quelques lectures, vous comprendrez comme nous en quoi les Albanel, Lagarde, Sarkozy et autres laquets du conservatisme de caste, sous couvert de Bling-Bling, nous jouent encore la partition de l’imposture, de la manipulation, et des contradictions. Car Hadopi est bien un projet alliant restrictions des libertés individuelles et menaces sur la création culturelle future et par extension l’économie. Car où donc est Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’État à l’Économie numérique ? quand même les électrons libres de son propre camp politique n’ont pas de mots assez durs pour qualifier ce projet.
Nous sommes bien en pleine lutte idéologique, une lutte où seuls deux adversaires s’affrontent : les dominants et les dominés.
Alors, que peut-on dignement souhaiter en ce lendemain de 65e anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance ?
Pour avoir récemment visionné le Guide du voyageur galactique, nous commencerons pas vous inviter à consulter le guide du manipulateur des masses…
Crédit illustrations : « Quand le crayon attaque – Images satiriques et opinion publique en France 1814-1918 », M. Dixmier et al., Éd. Autrement, Paris, 2007.
Merci à Ronald, Vogelsong, Gaël, Marc, Founet, Sarkofrance, Trublyonne, CC, Eric et les autres…





Beau boulot. Chapeau.
Tu devrais lancer des pavés plus souvent.
Dommage que l’accès de l’article sur Mediapart ne soit pas accessible sans abonnement… C’est amusant et un brin contradictoire avec certaines objections adressées au projet Hadopi. Bien sûr que ce projet agace. Je n’ai personnellement guère bataillé sur ce sujet. Soit il s’agissait bien de ce château de cartes qu’on nous décrivait, auquel cas n’allait-il pas s’effondrer tout seul ? Soit la juste rémunération de ceux qui font œuvre de création était juste, auquel cas il restait à trouver des moyens pour protéger les véritables créateurs.